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L’Albanie capucine   

Saint François avait déjà visité la région

Actuellement, cinq capucins vivent en Albanie. Les Frères Gjon Shtjefini et Brel Syla, deux Frères non prêtres ainsi que Fr. Angelo Argese, italien des Pouilles sont de la fraternité de Nënshat. Les deux Frères germanophones, Andreas Waltermann, d’Allemagne et Andreas Bossart, de Suisse, habitent à Fushë Arrëz et rayonnent de là dans les villages de montagne environnants. Le premier Capucin qui s’est installé en 1993 était de la province de Bari.

Auf Hausbesuch | © Adrian Müller

6 h 30 le matin, Fr. Angelo se tient dans le corridor, secouant sa clochette pour réveiller les frères et chante à pleins poumons «O sole mio». La scala de Milan a laissé ici un de ses meilleurs talents! A 7h, les frères se retrouvent pour la prière du matin, serrés autour de la cheminée fraîchement allumée. Et l’on s’y donne le temps, bien qu’il fasse encore froid et même très froid, dans cette pièce! Et dire que l’on se retrouve sous la même latitude que Rome. L’Albanie jouit d’un climat méditerranéen, mais les températures peuvent fortement varier selon les régions. Sur le plateau, à l’ouest, il fait très chaud en été et en hiver, la température y est plutôt clémente. En montagne, dans les lieux bien exposés, il peut y faire 25 à 30 degrés centigrades ou même plus, mais à la tombée du jour, la température baisse rapidement. En hiver, elle peut descendre en dessous de zéro et il gèle souvent sur de longues périodes.

Les Albanais ne sont pas qu’en Albanie

Le mot «albanais» tire son origine d’un groupe humain appelée «albanoi».Déjà au 2e siècle, un géographe du nom de Ptolemaios d’Alexandrie en fait mention. Leur capitale a pour nom Albanopolis et elle devait se trouver dans les environs de Tirana, la capitale actuelle. Les Albanais vivent principalement dans la partie occidentale de la presqu’ile des Balkans. Ils sont présents aujourd’hui en Albanie, au Kosovo et au nord-ouest de la Macédoine, comme aussi dans d’autres zones frontalières avec l’Albanie, à savoir le Monténégro, la Serbie et la Grèce.

Dans les Balkans vivent environ 6 millions d’Albanais, dont la moitié en Albanie. En Suisse, nous connaissons surtout les Albanais musulmans du Kosovo. De nombreux Albanais chrétiens ont émigré en Grèce puis en Suisse, où trois missions catholiques les prennent en charge pastoralement.

Depuis 2001, la population de l’Albanie a chuté d’environ 80%. Cette situation s’explique d’une part par l’émigration massive et d’autre part par la baisse de la natalité. En plus de l’émigration massive vers les Etats-Unis et l’Europe, il y a aussi un énorme exode interne, des zones montagneuses vers les villes. Les villes comme Tirana ou Durrës connaissent une croissance inouïe alors que de nombreux villages de montagne au sud du pays se vident, ou même sont abandonnés.

La chute du communisme

Avec la chute du régime communiste en 1990, c’est le début des exodes massifs de populations. L’histoire de l’Albanie est très mouvementée durant des siècles. Après la Première Guerre mondiale, plusieurs gouvernements se succèdent. De 1925 à 1939, c’est Ahmed Zogu qui règne d’une main de fer. En 1939, c’est l’Italie fasciste qui annexe l’Albanie.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, des partisans tentèrent de libérer le pays de la tutelle de l’Italie fasciste puis de l’Allemagne hitlérienne. En 1944, Enver Hokha mit en place une dictature communiste qui se réclama d’abord de la Yougoslavie de Tito, plus tard de l’Union Soviétique et finalement de la République Populaire de Chine. Après la mort du dictateur, le pouvoir passa à Ramiz Alia et le pays se ferma encore davantage. En 1995, l’Albanie fut reçue au sein du Conseil de l’Europe et c’est en 2010 qu’elle demanda son adhésion à l’Europe.

Le premier état athée de la planète

De 1968 à 1990, toute pratique de la religion est interdite et les contrevenants sont sévèrement punis. Aujourd’hui de nombreux Albanais connaissent la religion de leurs ancêtres mais ils ne se sont jamais déclarés officiellement comme appartenant à une confession ou une religion. 40% des Albanais se déclarent Sunnites, 20% Bektachis, 20% orthodoxes et 10% catholiques. Le 10% restant se déclare athée ou appartenant à d’autres religions ou à d’autres églises libres. Si le 10% des gens qui vivent dans le Nord-Ouest se disent catholiques, cela ne signifie pas encore que tous aient été baptisés.

Les Albanais chrétiens se réclament de l’Apôtre Paul qui leur a annoncé la Bonne Nouvelle. L’Eglise catholique en Albanie peut se réclamer d’une longue tradition chrétienne mais, après la chute du communisme, elle dut complètement se réorganiser grâce à la venue de nombreux religieux et religieuses ainsi qu’à celle de prêtres étrangers. Grâce à ce soutien, les structures ecclésiastiques furent peu à peu mises en place. Le lieu de pèlerinage le plus important, dédié à S.aint Antoine de Padoue, est la Grotte de Laç qui est aussi fréquentée par des membres d’autres confessions.

St François parcourut l’Albanie

D’après la biographie de Thomas de Celano, François traversa le pays au retour de sa visite chez le Sultan et des Lieux Saints pour rentrer en Italie. Vers 1240, il y avait déjà un couvent franciscain à Lezha sur territoire albanais. Sous les Ousmane, seuls les Franciscains jouissent d’une certaine reconnaissance officielle et c’est pourquoi ils furent, dès le 16e siècle, les défenseurs les plus intrépides du catholicisme, compte tenu de leur ministère dans les paroisses.

En 1993, tout de suite après la chute du communisme, les capucins italiens de la province des Pouilles envoyèrent les premiers frères à Nënshat. Ils y construisirent un couvent et travaillèrent dans les paroisses environnantes. Le Fr. Andreas Waltermann, d’Allemagne, les rejoignit et desservit par la suite la paroisse urbaine de Fushë-Arrëz et les villages environnants. Les deux fraternités capucines sont implantées, d’une part dans une plaine très pauvre et d’autre part en zone montagneuse encore plus pauvre. Un de leurs projets, l’école pour les enfants des Tsiganes, se trouve dans la périphérie de la ville de Shkodra.

Adrian Müller


Pour vivre, nous avons besoin de la Parole de Dieu

Fr. Prel Syla jette du bois dans le feu. Ce capucin de 38 ans, après avoir fait ses études et son service militaire, a travaillé en Grèce. Dans sa famille, sous le régime communiste, on a toujours continué à prier. En 1998, alors qu’il a 24 ans, il demande le baptême. En 2001, il se sent appelé à la vie capucine et part alors étudier la théologie en Italie et en Albanie. Actuellement, il célèbre dans deux monastères contemplatifs, à savoir les Carmélites et les Stigmatines, les Filles des Stigmates de St François. Il les accompagne également de ses conseils dans leur apostolat et leurs œuvres sociales. Il fait aussi des visites de familles et également de malades. Il tient à vivre très proche des gens et il partage beaucoup avec eux, alors que le communisme avait réussi à monter les gens les uns contre les autres.


Un élève, c’est un mendiant en moins

Aferdita Proni enseigne à l’école fondée pour accueillir des tsiganes de Shkodra. Les Tsiganes, parias de la société, vivent entre eux dans quelques quartiers. Souvent, on vit à plusieurs sur 16 m carré. Avec l’autorisation de la ville, les adultes peuvent récolter les ordures pendant la nuit. Ils dorment alors la journée. Le matin, une enseignante se rend dans le quartier pour réveiller les enfants et les amener à l’école. Le but de la scolarisation est de lutter contre l’analphabétisme et d’insérer les enfants dans la société albanaise. Les maîtresses d’école sont heureuses quand l’un de leurs élèves réussit à poursuivre des études. Fr. Angelo Argese est responsable de cette école.