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Quel monde pour la génération future?   

On recherche de l'eau pure et de la bonne terre

Le théologien Fulbert Steffensky qui vit à Lucerne et à Hambourg, a rédigé le texte inspirant de la campagne «Les semences d’aujourd’hui sont le pain de demain». En voici une adaptation.

Die Saat von heute ist das Brot von morgen | © presse-bild-poss

J’ai 80 ans, des enfants et des petits-enfants. Le temps se rétrécit et c’est le moment des interrogations dans un esprit de repentance: que vais-je transmettre à mes petits-enfants et de quoi vais-je les priver? La question n’est pas de savoir quels biens seront légués à nos descendants mais bien quel est le monde ils hériteront

  • Auront-ils de l’eau potable?
  • Avons-nous à tel point détruit et pollué d’engrais les sols que les fruits de la terre les rendront malades?
  • Avons-nous à tel point urbanisé leurs paysages qu’ils ne connaîtront pas le réconfort de la nature?
  • Leur transmettons-nous un environnement habitable?

Le péché de nos ancêtres

«Nos ancêtres ont péché, ils ne sont plus là mais nous portons leur péché», se lamente le prophète Jérémie. Nous sommes tributaires du pardon de nos petits-enfants. Nous leur sommes redevables et ils héritent de nos dettes. La meilleure manière de vivre en paix avec eux est d’en prendre conscience.

Dans les sociétés archaïques dans lesquelles les personnes âgées étaient sans défense et livrées à la merci des jeunes, le devoir éthique plaidait en leur faveur. «Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne», lit-on dans le Décalogue de la Bible hébraïque.

A notre époque, à laquelle l’avenir des générations futures est si incertain, on dirait: honore tes enfants et les enfants de tes enfants que l’Éternel t’a donnés afin qu’ils trouvent une terre sur laquelle ils puissent respirer et travailler, sur laquelle ils puissent être heureux et louer Dieu! Prends soin d’eux et ne mène pas la guerre contre tes propres descendants! «Les semences d’aujourd’hui sont le pain de demain», ou, à l’inverse, les semences avariées d’aujourd’hui seront la faim de demain.

A notre époque on dirait: honore tes enfants et tes petits-enfants afin qu'ils trouvent une terre sur laquelle ils puissent respirer.

«Il n'y a pas d'enfants étrangers»

Le mot «sollicitude» est l’un des plus beaux de notre langue et l’une des plus belles capacités du cœur. Or, la Bible met en garde contre le fait de se soucier uniquement de son propre bien-être. Un être humain est un être qui connaît le nom de ses grands-parents et qui se soucie de ses petits-enfants et pas uniquement de lui-même. Or, cette sollicitude est indivisible: il ne fait plus de distinction entre ses propres enfants et ceux des autres.

Une femme m’a raconté l’un de ses rêves: elle voit les enfants errants des rues de Bogota. Ils ont faim et froid, commettent des vols et se prostituent. Soudain, ces enfants meurtris prennent le visage de ses propres enfants. «J’ai alors su qu’il n’y avait pas d’enfants étrangers», m’a-t-elle dit. Toute sollicitude qui mérite ce nom dépasse les limites du lien naturel.

Jésus est sceptique

Celui qui investit exclusivement dans ses propres enfants, aux dépens de la solidarité avec tous les autres, ne fait qu’investir en lui-même. Il y a tout un monde en-dehors de sa propre famille. Nous l’apprenons avec le scepticisme dont fait preuve Jésus face à la famille biologique, dans l'évangile de Marc (3, 31-15).

Jésus apprend que sa mère et ses frères le cherchent, et il répond: «qui sont ma mère et mes frères?». Et, parcourant du regard ceux qui le suivent, il dit: «voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère». Jésus ne pense plus en termes de liens du sang, de famille et de clan. Il pense à l’humanité, comme l’a fait la femme qui voyait les visages de ses propres enfants en regardant les enfants des rues.

Jésus ne pense plus en termes de liens du sang, de famille et de clan

La bonté n’a que faire de l’idolâtrie de la famille, de la patrie, de la nation. Elle est internationale. Dans le fascisme allemand, le mot «international» était considéré suspect et les «internationalistes» étaient des ennemis mortels. Le régime était replié sur lui-même.

La vie enseigne aux enfants

Lorsque nous nous efforçons d’améliorer les possibilités de vie extérieures de nos descendants, lorsque nous veillons à leur transmettre un monde vivable, nous influençons aussi leur foi intérieure en la vie et leur espoir.

Une société n’exprime pas seulement ce qu’elle pense de ses enfants en phrases explicites. Elle l’exprime de manière beaucoup plus importante et marquante par le nombre de places de jeux et de places de stationnement qu’elle prévoit; par la quantité d’air respirable et d’eau potable qu’elle laisse et transmet à ses enfants.

L’identité des enfants, ce qu’ils pensent d’eux-mêmes et la confiance qu’ils peuvent avoir en la vie ne leur vient pas en premier lieu de l’apprentissage et des livres. Cela leur est transmis par la manière dont le monde est façonné pour eux.

L’état d’une société est formateur. Il influence les images intérieures qu’ont les êtres humains, leur confiance en la vie, leur capacité d’espérer et d’agir, leur joie de vivre.

Souvent, les enseignements et les dictons philosophiques et religieux arrivent trop tard par rapport aux enseignements violents que la vie elle-même leur a donnés.

La foi: le pain pour les enfants

Nous nous devons de transmettre à nos enfants notre foi – c’est l’autre pain dont ils ont besoin pour ne pas rester affamés. Là aussi, ma génération les a trahis. On peut lire dans Deutéronome (6,20): «et demain, quand ton fils te demandera: pourquoi ces exigences, ces lois et ces coutumes que le Seigneur notre Dieu vous a prescrites? alors, tu diras à ton fils: nous étions esclaves du Pharaon, mais, d’une main forte, le Seigneur nous a fait sortir d’Egypte».

Que doit-on rappeler aux enfants qui nous interrogent? Dans un premier temps, non pas leurs tâches et le sens moral, mais une grande histoire de liberté: nous étions esclaves et nous avons obtenu notre liberté. Nous nous devons de raconter à nos enfants ces histoires de liberté et de vie sauvée.

Le sens moral suit de lui-même. L’envie de liberté se nourrit des récits de la libération. Un être humain est un être qui connaît les récits de liberté de ses grands-parents et qui les transmet à ses petits-enfants. Les semences des récits de liberté sont aussi le pain de demain.

Fulbert Steffensky

Adaptation: Walter Ludin