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Une aventure sans guide de survie ...   

Où les couples interreligieux trouvent-t-ils de l’aide?

Pour chaque situation de vie il existe une foison de guides sur le marché du livre. Pour la vie en commun de couples de différentes religions en revanche, ils sont nettement plus rares. Et pourtant un petit guide de survie s’avère indispensable. Car ce choix d’union contraint les partenaires interreligieux non seulement à connaître les rouages d’une autre religion, mais aussi à vivre ensemble sous le même toit et en plus à gérer l’éducation des enfants.

Wir gehören zusammen | © © Fotolia 88259236
Fliessende Liebe | © Adrian Müller

Dans un monde multiculturel et de plus en plus globalisé, le mariage et la famille constituent de nouveaux défis. Les anciens challenges ne sont souvent même pas réalisés que déjà de nouveaux questionnements apparaissent. Les Eglises chrétiennes n’ont pas encore clairement défini leur approche œcuménique que déjà elles doivent traiter de questions inter-religieuses de plus en plus complexes et sans cesse renouvelées.

Les questions œcuméniques

Dans un récent séminaire, un couple s’est raconté; elle est pasteure réformée (luthérienne) et son époux est théologien catholique dans le service ecclésial de l’Eglise catholique romaine. Dans le groupe de discussion, une question a fusé: «est ce que ça marche?».

Il y a quelques semaines, une femme est venue en colère. Dans sa famille, un enfant devait être baptisé. Selon leur tradition, pour les filles, la conjointe du parrain est toujours choisie comme marraine de confirmation. Mais le parrain était réformé! Un jeune prêtre de la paroisse venait d’exiger que les parrains ou marraines de confirmation soient catholiques – même si jusqu’à présent des chrétiens réformés pouvaient endosser ce rôle dans cette paroisse. Et quelle serait la réaction avec un parrain de confirmation hindou?

En parlant avec des couples qui ont pu faire l’expérience des noces d’or et même des périodes plus longues de vie en commun, il ressort que de leur temps, les mariages œcuméniques étaient interdits et un conjoint devait changer de religion de sorte que le mariage soit possible. Avec les mariages œcuméniques bien des difficultés ont été surmontées, mais qu’en est-il maintenant de la communion en commun? Bien que vous puissiez vivre et partager l’intimité conjugale, il n’est pas permis d’avoir part ensemble à la table du Seigneur?

Questions interconfessionnelles

La religiosité apparaît aujourd’hui de plus en plus dans sa propre foi au détriment des traditions religieuses. Cela ne signifie pas toujours que deux religions différentes se rencontrent. De plus en plus de gens se considèrent comme sans religion, c’est-à- dire que la religion ne joue pas un rôle important dans leur vie, elle n’a plus de sens. Ainsi, ils ne sont même pas athées et n’ont pas à se battre contre la foi des autres.

La religion ainsi que la foi personnelle professent une vérité, ou du moins une conviction. Une rencontre interreligieuse permet la perception de l’autre, de l’étranger, sans qu’il soit essentiel de l’intégrer dans sa vie de foi et sans devoir se remettre en question par rapport à ses croyances. Les êtres humains ont développé une distance à la fois critique et bienveillante, comme cela est souligné dans la Première lettre aux Thessaloniciens: «Discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien gardez-le ; éloignez-vous de tout espèce de mal» (5:21-22).

Frères en Marche, au début appelé Courrier d’Afrique, jouait le rôle de porte-parole des expériences de nos frères missionnaires en Tanzanie et aux Seychelles. Il a donc mis en relief le travail d’évangélisation, avec ses œuvres scolaires et sanitaires, basé sur ce verset «Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit». (Mt 28,19).

Actuellement, notre revue d’information missionnaire, met l’accent sur l’ouverture au monde dans une vision franciscaine des évènements et des grands thèmes qui traversent notre société comme la justice, le sous-développement, la solidarité, l’interculturalité et l’interreligieux.

Adrian Muller
www.adrianm.ch


A partir d’une cinquantaine de témoignages de couples mixtes représentant les cinq grandes religions – les trois religions monothéistes, le bouddhisme et l’hindouisme -, dans un style alerte et plein d’esprit, Isabelle Lévy dresse le portrait d’une société bigarrée et apporte quelques clés pour le meilleur et pour le pire... Ce condensé de témoignages vivants est un vade-mecum fort détaillé et indispensable pour qui envisage ce type d’union.

Malgré les  limitations de l’orthodoxie religieuse, les couples mixtes parviennent à construire et à créer une identité religieuse propre. Le plus souvent, chaque conjoint garde son appartenance religieuse tout en s’engageant dans la communauté de l’autre: tous deux enseignent leurs traditions à leurs enfants pour qu’ils puissent faire leur choix en temps voulu. Ensemble, ils recherchent une spiritualité commune en créant des rituels spécifiques (p. 25).

Des combinaisons curieuses de rites religieux voient le jour:« Dans certaines familles où le père est musulman et la mère protestante, les filles reçoivent le baptême alors que les garçons sont circoncis!» (p. 38).

L’auteure montre cette intéressante traversée des frontières religieuses et les témoignages dénotent d’une hyper créativité religieuse des couples mixtes.

Toutefois, ces discours positifs tranchent avec les avis des représentants des différentes confessions qui se montrent préoccupés par le risque de l’indifférence religieuse inhérente aux enfants issus de mariages mixtes. Il existe une variété infinie de situations: une religion pour le couple par la conversion d’un des conjoints à la religion de l’autre, ou chacun garde la sienne ou encore aucune pratique religieuse.

La situation devient plus complexe avec la naissance des enfants

Croyances et traditions sont les bagages identitaires des couples mixtes et certains choisissent de les transmettre au fil de la vie quotidienne à leurs enfants, d’autres de les garder sous silence et pour Isabelle Lévy, ces non-dits pèsent parfois plus lourd qu’un secret de famille (p. 69). La filiation semble réveiller la conscience religieuse.

Le choix des prénoms pour les enfants donne lieu à des pratiques très diverses. Un prénom à la consonance locale comme voie d’intégration ou alors deux prénoms pour revendiquer une double origine, religieuse et culturelle.

L’un des apports les plus intéressants de cet ouvrage est de mettre en évidence les tensions entre la «posture syncrétique» des couples mixtes et la «posture dogmatique» des principales religions en tant qu’institutions.  Des parents choisissent d’inculquer à leurs enfants des données religieuses de manière disparate. A eux ensuite de reconstruire le puzzle quand bon leur semblera en espérant qu’il ne leur manquera pas trop de pièces pour comprendre qui ils sont! (p. 99).

Certains essaient d’inculquer une attitude de foi ouverte et non confessionnelle à leurs enfants qui sont invités à préparer un choix ultérieur à leur majorité où quand le temps leur semblera mûr. Cependant, ce choix ouvert est difficile à vivre et peut amener l’enfant à chercher à concilier l’inconciliable dans un certain syncrétisme qui le dispensera d’un choix qui déplairait à l’un ou à l’autre de ses parents. (p.101)

C’est pourquoi  lorsque le choix d’une appartenance au christianisme ou à l’islam paraît impossible, ou non souhaitable, il importe cependant qu’une forme d’éducation religieuse et spirituelle soit réalisée, pierre d’attente pour une découverte ultérieure. Cette solution suppose que l’enfant ait une approche réelle des deux traditions religieuses, au moins à partir d’un certain âge. Le spécifique chrétien  doit apparaître, de même que le spécifique musulman. Sinon on peut craindre que l’enfant ne choisisse rien finalement (p. 102)

Isabelle Lévy aborde également de nombreuses autres questions liées aux couples interreligieux: les objets de culte au domicile familial, les interdits alimentaires et les rites liés à la mort: «De nos jours, de plus en plus de musulmans demandent à être enterrés en Europe. Cela était une chose impensable voilà dix ans à peine» (p.167).

Lévy, I. (2011). Vivre en couple mixte. Quand les religions s’emmêlent. Paris. L’Harmattan. Akkari, A. (2012). Les couples mixtes. Lecture de l’ouvrage de I. Lévy  [Note de lecture]. Alterstice, 2(2), 117«»120.