ite/frères en marche
tout le magasin PDF tout le magasin PDF
document PDF

Croire en une vie après la mort n’est pas évident   

Réflexions du Nouveau Testament

Un sondage d’opinions réalisé en 2006 montrait qu’en Suisse environ 14pourcent de la population croyait en une résurrection au sens chrétien de ce terme, pour une vie après la mort. Au temps de Jésus, la situation n’était pas très différente! Alors comment pouvonsnous avoir accès presque 2000 ans plus tard, à la foi néotestamentaire de la résurrection?

Ich lebe, ich bin | © André Flury

Peut-être ne sommes-nous pas suffisamment conscients aujourd’hui du fait, que déjà au temps de Jésus, son message et la foi en lui et la résurrection n’allaient pas de soi. L’Evangile selon saint Marc souligne très souvent le manque de foi, l’incompréhension et le doute de ceux qui cheminaient avec Jésus. Et selon l’Evangile de Luc, les apôtres ont d’abord accueilli le message des femmes, annonçant la résurrection de Jésus, comme «du radotage » (Lc 24, 11).

Comment pouvons-nous comprendre aujourd’hui les représentations de la résurrection? Personnellement ce qui m’aide, c’est le questionnement à partir de nos expériences présentes: y a-t-il des expériences que nous pouvons vivre et qui peuvent se relier aux récits bibliques de la résurrection? Pour moi, il y a surtout trois expériences qui peuvent confirmer ma foi en la résurrection.

Une question de beauté, de bonté, de sens.

Je crois en la résurrection, parce que ce monde est magnifique! On attribue à Dante Alighieri (1265–1321), un homme qui ne manquait pas de sens critique sur les questions religieuses, cette parole: «Trois choses nous sont restées du Paradis: les étoiles dans la nuit, les fleurs au cours de la journée et les yeux des enfants.» Selon l’Evangile de Matthieu, Jésus a, lui aussi perçu l’importance de la beauté du monde pour son discours théologique et pour sa vie: «Observez les lis des champs, comme ils poussent; ils ne peinent ni ne tissent. Or je vous le dis, Salomon lui-même dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Que si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs qui est aujourd’hui et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi?» (Mt 6, 28–30).

Beaucoup d’hommes connaissent dans leur vie des moments où ils sont profondément saisis par la beauté et le sens de l’univers. Lors de la naissance heureuse d’un enfant attendu dans la joie. Dans une rencontre sexuelle gratifiante. Dans un vallon solitaire, où je fais l’expérience d’un silence total, où j’entends battre mon propre coeur et je perçois soudain je le sens, je sais que je vis, que je suis. De telles expériences et d’autres semblables provoquent une émotion qui dépasse notre intelligence et notre coeur. Et de cette émotion peut naitre ma confiance que notre monde a une origine bonne et que l’Esprit de Dieu l’habite et le fait vivre. C’est à cette puissance créatrice de Dieu que je m’en remets: elle recréera un jour, pour une vie nouvelle, les êtres humains et toute la création.

Une question de justice

Mais qu’en est-il des sombres expériences de ce monde, les expériences de la peur, du malheur et de la souffrance? J’y trouve une deuxième raison de croire à la résurrection. Je crois à la résurrection, parce qu’elle est une question de justice. Cela est devenu encore plus clair pour moi lorsque j’ai eu la charge, et la chance, d’enterrer un homme qui avait été placé et traité littéralement comme une chose dès sa naissance. Durant toute son enfance, il avait été battu et exploité. Il n’avait pu acquérir aucune formation et il était tombé dès sa jeunesse d’un trou dans un autre. Pourtant, il avait lutté honnêtement et de toutes ses forces contre cette situation désastreuse. Enfin arrivé presque à 40 ans, il avait trouvé dans une entreprise un modeste emploi qui le réjouissait. Cela lui avait redonné espoir et assurance. Mais moins d’un an et demi plus tard, la place avait été supprimée car «il fallait» augmenter le taux de rendement. Une fois de plus pour cet homme, le monde s’effondrait. Et cette fois, il n’avait plus de force pour continuer à vivre.

La résurrection est une question de justice.

Ce n’est là qu’une des nombreuses rencontres avec des gens qui renforce ma conviction que je dois croire en une résurrection des morts: s’il y a un Dieu juste, un Dieu qui veut une vie épanouie et heureuse pour tous les hommes, alors ce Dieu prendra cet homme près de lui ; il guérira les blessures des coups qui l’ont frappé depuis l’enfance; il séchera ses larmes.

Une question de bonne rencontre

Une autre expérience, mais néanmoins comparable, est celle qu’ont faite les disciples, hommes et femmes, avec Jésus. En Jésus, ils ont rencontré une personne, qui mettait tous ceux qui le rencontraient sur le chemin de la dignité et du salut. En lui, ils découvraient l’amour de Dieu pour tous les hommes. En lui, ils mettaient tout leur espoir. Pourtant dans la suite, Jésus fut cloué sur la croix comme un criminel. Et ses dernières paroles, selon l’Évangile de Marc, ont été ce seul cri: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Mc 15.34).

On peut facilement imaginer l’horreur et la déception des disciples. On peut comprendre que les disciples aient fui, qu’ils n’aient pas pu soutenir cette réalité effroyable. On pourrait même comprendre que leur foi en Dieu ait complètement sombré. Pourtant, s’il y a un Dieu juste, la croix ne peut pas être le dernier mot. Et alors arrive le grand miracle de Pâques à travers cette expérience de souffrance et de mort. La foi surgit: l’amour de Dieu est plus fort que la mort. – Qu’une telle foi puisse naître est un miracle profond et inépuisable.

Une question d’amour

Ce n’est pas un hasard si ce sont des femmes, et d’abord Marie de Magdala, qui ont été les premières messagères de la résurrection. Ce sont elles qui sont restées près de la Croix. Elles, qui sont venues au tombeau. Elles, qui ont reçu le message: «Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts? Il n’est pas ici, il est ressuscité.» (Lc 24, 5s)

Grâce à l’amour de Dieu, Jésus est ressuscité; grâce à l’amour de ces femmes pour Jésus, elles parviennent elles-mêmes à la foi au Ressuscité. Grâce à leur amour pour Jésus, ce message à été transmis à ses disciples et jusqu’à nous aujourd’hui. C’est là, la troisième raison qui me confirme dans la foi en la résurrection: Je crois en la résurrection, parce que je crois en l’amour. Cela aussi est lié à nos expériences quotidiennes: plus nous aimons une personne, plus la douleur est grande quand cette personne meurt. Mais Mais notre coeur et notre amour espèrent que cette personne, que nous aimions et que nous aimons encore, trouve sa joie à l`endroit où elle est maintenant – et que cette personne qui nous a précédés auprès de Dieu est dans un monde que nous ne pouvons voir maintenant de nos yeux, un monde que seul notre coeur peut deviner et espérer, là où nous retrouverons ceux que nous avons aimés.

André Flury